La source

LA SOURCE

« Ce qui est bouleversant, c’est que quant tout est détruit, il n’y a pas la mort et le vide comme on le croirait, pas du tout. Je vous le jure. Quand il n’y a plus rien, il n’y a que l’Amour. Il n’y a plus que l’Amour. Tous les barrages craquent. C’est la noyade, l’immersion. »

Christiane Singer, Fragments d’un long voyage

Tu songes à tel ou tel et tu sais que seuls les mots vrais peuvent aider. Ceux puisés à la source des souffrances transfigurées. Là où l’humain est authentique, dénué de tout apparat.

Lorsque l’émotion est captive, il ne reste que la douleur. Ne pas pouvoir dire, réprimer ses larmes. La mort psychique tue toute vie affective. La forêt, d’abord luxuriante, devient bois mort. Le cœur se fige, seul un sourire demeure. Il pense encore sauver les apparences. Coupé de lui-même, il se coupe des autres. La douleur de ne plus pouvoir être.

Le lien est rompu, la coupe est pleine. D’amertume, de mélancolie, de colère et de larmes refoulées. Il fait froid dedans. C’est l’effroi, la sidération, la survie. Un long hiver s’est installé. Peut-être n’aura-t-il pas de fin.

Le bois, de plus en plus sec, se fracture. La marche se fait mécanique. Même le sourire se fige. Il n’y a rien à attendre de la vie, la vie est ainsi faite. De quels nœuds sont faits la mort ? De quels loyautés enfuies ? De quels silences contraints ?

Un jour à n’en plus pouvoir. Vient l’effondrement, l’angoisse insurmontable, le corps épuisé. Impossible de se mentir encore. De fuir encore cette effroyable confusion. Que t’est-il donc arrivé ? Que signifie la fracture ? Qui étouffe quoi ?

As-tu perdu la mémoire ? La « chose » est là, enfuie sous le trauma. L’émotion est prise au piège, figée par l’angoisse. La violence a fait de toi un enfant sage, incapable de prendre son envol. Tu n’es pas libre de vivre ta vie comme tu le voudrais. Ta vie est gouvernée par la peur, tantôt diffuse, tantôt prégnante. Selon les événements du quotidien, le rappel d’un lointain passé.

Lentement, reprendre conscience. Revenir à l’enfance, aux souvenirs. Comprendre un peu l’indicible. Déterrer le passé. Remonter le fleuve, renouer avec la source. La source des émotions. Reconstruire le lien. Avec soi et avec les autres. Long chemin, sinueux et escarpé. De nuit et à l’issue incertaine.

Le bois mort craque. Une goutte de lucidité, et le voilà qu’il crie. L’enfant n’est pas mort. Seulement endormi et blessé. Lui tendre la main, oser la confiance folle. Renouer avec le monde que vous aviez fui. Lancinante souffrance, implacable. Faite de va-et-vient. Exsangue, sur le bas-côté du chemin. Soudain, une accalmie. Faux espoir, la lame revient et entaille la chair.

Solitude, larmes. Profonde tristesse. La marche est amorcée. Elle n’en est pas moins obscure et harassante. Tant de remises en question pour un seul être. C’est inhumain. C’est la vie qui exige l’étroit et douloureux passage.

Se séparer des liens toxiques, briser les loyautés, mettre fin au déni. Ne plus emprunter les mêmes chemins stériles et mortifères. Renouer avec ses besoins et ses désirs propres. S’autoriser les émotions, les mots tus. Où en es-tu ?

J’ai peur. De mes larmes, de ma colère, des sentiments. De tout ce que j’ai tu. De mon corps, trop longtemps maltraité. J’ai peur de la vie, de l’inconnu, du lâcher prise. J’ai peur de parler, d’être submergé par la honte et la culpabilité. Habitué par l’obscurité, j’ai peur de l’Amour.

S’autoriser la fragilité, ne plus courir, être présent à soi. Ne plus lutter encore…

Se laisser couler dans le fleuve, dériver lentement. Demeurer dans le vrai, remonter à la Source. Vivre, peu à peu, en pleine conscience. Faire à nouveau corps avec soi. Soigner la blessure, cautériser la fracture. Comment, si ce n’est en se laissant submerger par l’émotion trop longtemps refoulée ?

Ô je sais, désormais, combien c’est vrai. C’est vers là que je vais : « Il est bon et juste d’accompagner jusqu’au bout tout ce qu’on ressent, d’aller au plus aigu de la pointe. Pour être délivré de quelque chose, surtout le rejoindre de si près, de si près qu’on sente le souffle du dragon dans la nuque ! Oui seulement si je suis capable d’accompagner ma misère, de l’admettre, de la reconnaître, elle prendra fin ; mais si je tente de surmonter, de succomber à l’héroïsme ou à la seule indignation ‘c’est horrible’, alors tout se durcit, se prolonge. En prenant dans notre responsabilité ce que nous vivons, ce que nous faisons, ce que nous disons, nous avançons sur une chemin de paix. » (Christiane Singer)

Pascal HUBERT

« si tu n’as jamais rejoint
ce pays du silence où la voix parle

si tu n’as jamais marché
en aveugle à l’intérieur de la nuit

si tu t’obstines à refuser
de détruire en toi ce qui doit l’être

si par peur de l’inconnu
tu renonces à te laisser reconstruire

si tu n’es pas à ramper jour
après jour en direction de la source

tu ne recevras rien de ce qui se donne
à vivre dans la simplicité de mes mot
s »

Charles JULIET, Ce pays du silence © P.O.L 1992, p. 152

« là où tu ne sais rien
ne veux rien
n’as rien n’es rien
pour être en mesure
d’atteindre un jour cet extrême
il t’a fallu au préalable
basculer dans le gouffre
puis te hisser vers la lumière
sourd aux appels innombrables
aveugle à ce qui d’ordinaire
enchaîne l’œil
saisi par ce silence
où s’effondre le temps
tu laisses ta soif
te pousser sur le seuil »

Charles JULIET, L’autre chemin © Arfuyen 1998, p. 41

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ou à m’écrire à deviens.ce.que.tu.es333@gmail.com

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