« Une famille sous l’emprise des focolari », par Juliette Sapin

Une famille sous l’emprise des Focolari

Ma famille a été très active dans le mouvement des Focolari. Enfin tous les membres de ma famille, sauf moi qui y était plutôt hostile. Cela m’a valu de me sentir très isolée et marginale, voire jugée parfois, dans ma propre famille. J’en ai beaucoup souffert.

Mes parents ont fait la connaissance du mouvement des Focolari l’année de ma naissance et emmenée aux rencontres du mouvement dès mon enfance. Je n’aimais pas, mais je n’avais pas le choix. Après quelques années, nous nous sommes installés proche d’un focolare (maison communautaire du mouvement) et, à partir de ce moment-là, le mouvement a envahi toute notre vie de famille. Tout, absolument tout, tournait autour de la religion, de l’Église, du pape, et surtout du mouvement des Focolari, de Chiara et de son idéal. Des membres du mouvement passaient presque tous les jours chez nous. Des réunions du mouvement se tenaient parfois dans notre maison. Chiara était complètement adulée. Mais surtout, mon père ne tolérait aucune pensée qui ne corresponde pas à la pensée catholique, aux préceptes du pape ou à l’idéologie de Chiara. Lorsque nous osions évoquer une autre opinion ou un doute quelconque, il réagissait violemment, avec de grands cris indignés et un discours moralisateur nous imposant ce en quoi il fallait croire. Alors qu’il passait pour un homme bon et respectable à l’extérieur, il se comportait en véritable despote au sein de notre famille. Aucun dialogue n’était possible. Finalement, la peur d’exprimer quelque chose qui ne lui plaisait pas créait une tension permanente. Nous ne pouvions pas, n’osions pas nous exprimer librement.  
 
Mes parents avaient, en dehors de leur vie professionnelle, peu de contacts avec le monde extérieur. Ils ne fréquentaient quasi que des gens du mouvement. Le monde extérieur était présenté comme mauvais, surtout par mon père qui voyait le mal et la tentation partout. Adolescente, tous mes contacts avec le monde extérieur étaient contrôlés et, très souvent, interdits. Nous n’avions pas la télévision. Je n’avais pas le droit d’écouter de la musique dans ma chambre. Il n’y avait que des journaux catholiques qui entraient dans la maison. Mes lectures, musiques, sorties cinéma ou éventuelles autres sorties culturelles, sportives, de loisirs avec des camarades de classe étaient sévèrement contrôlés, censurés et, le plus souvent, interdits. Les raisons des refus ne m’étaient pas toujours claires : l’organisme n’était pas catholique ; l’activité, le livre ou le film était immoral ; je pourrais rencontrer des garçons ; l’animateur était un homme… Finalement, il fallait du courage pour demander une autorisation de sortie, le conflit et le refus étant quasi systématiques. Je me souviens, entre autres et pour exemple, des oppositions virulentes que j’ai rencontrées lorsque, à l’âge de 16 ans, j’ai voulu aller à un concert d’Alain Souchon et, à 22 ans, m’inscrire dans une école d’art où j’allais dessiner des nus. Dans les deux cas, l’attitude de mes parents a provoqué en moi un tel conflit intérieur que j’en ai été malade. 
 
La sexualité était taboue. Mes parents n’en parlaient absolument pas, sauf en des termes négatifs et réprobateurs teintés de beaucoup de mystère. Je ne pouvais pas fréquenter de garçons. L’amour entre homme et femme n’était pas abordé, uniquement l’amour du prochain et de Dieu. Aucun flirt autorisé, pas de petit ami avant la fin des études, pas de relations sexuelles avant le mariage, pas de contraception. Pour mon père, c’était la femme qui entraînait l’homme dans le péché charnel. Les hommes, eux, étaient présentés comme de pauvres êtres victimes de leurs instincts et pouvant difficilement les contrôler. Toute coquetterie féminine était donc interdite : pas de mini-jupe, pas de bikini, aucun vêtement pouvant être considéré comme suggestif ou provocateur. Tout ce qui concernait le corps était suspect, ses plaisirs condamnés. On ne pouvait trainer ni à la salle de bain, ni au lit. Au sein de notre famille, les contacts physiques étaient évités. On ne se touchait pas, ne s’embrassait pas, ne se prenait pas dans les bras. Il n’y avait aucune démonstration physique d’affection.  
 
Il y avait peu ou pas de place pour la joie, la légèreté, le rire, l’humour, la spontanéité, l’autodérision. Tout était pris au sérieux. La souffrance était magnifiée, elle permettait de vivre ‘Jésus abandonné’. Nous étions éduqués avec, en continu, les discours de Chiara disant qu’il fallait renoncer à soi-même, se sacrifier, se renier, faire abstraction de soi. Il fallait refouler ses émotions, toujours sourire, faire semblant que tout allait bien. C’était la volonté de Dieu de n’être rien, de ne vouloir rien, de vivre uniquement au service de Dieu et des autres. On ne parlait que d’amour. Mais quel amour alors que je ne recevais pas de place pour exister ? J’étais une petite fille très joyeuse, mais à partir de mon adolescence, je me suis sentie de plus en plus écrasée par l’ambiance sombre et pesante qui régnait au sein de notre famille. Je dépérissais. 
 
En 1980, j’étais présente à Rome à une fête organisée par les jeunes du mouvement (Genfest). Au moment où le pape ou Chiara (je ne sais plus) a crié à la foule des jeunes en liesse : « Donc vous êtes tous prêts à vous sacrifier les uns pour les autres ! » La foule a répondu oui en jubilant. Et moi j’ai pensé : « Non, je ne veux pas me sacrifier ! Je n’ai encore rien vécu et on ne me permet rien. Je n’ai rien à sacrifier : j’ai déjà été sacrifiée. » D’ailleurs, qui a le droit de demander à un jeune de se sacrifier ?   
 
Je n’étais donc pas favorable au mouvement et, adolescente, je me suis de moins en moins rendue aux réunions. À l’âge de 14 ans, je n’ai plus voulu aller à la messe. J’ai été considérée par mes parents comme en état de péché mortel, en perdition. La pression a été terrible. J’y suis retournée jusqu’à mes 16 ans, ai à nouveau arrêté, suis retournée, pour abandonner définitivement à mes 18 ans. Mais je me sentais jugée mauvaise au sein de ma propre famille. 
 
Un jour, à l’âge de 19 ans, j’ai fait la ‘boulette’ de préparer des crêpes un Vendredi saint pendant que mes parents et ma sœur étaient à l’office. Je voulais fêter la première soirée des vacances de Pâques joyeusement en famille. Les crêpes ont été refusées catégoriquement parce qu’ils devaient jeûner. Je me suis retrouvée seule avec mes préparations dans la cuisine, mes parents s’étant retirés dans le living dans un silence accusateur et ma sœur étant montée dans sa chambre. J’étais anéantie. Et je me demandais : est-ce donc ça la volonté de Dieu ? Je rêvais d’un Jésus qui frappe à la porte, entre et dise : ‘Il y a des crêpes ici ?’ et s’asseye à ma table pour les partager avec moi. Je me sentais rejetée et sacrifiée par mes parents au nom de leur Dieu, leur religion et leur idéal. 
  
À l’âge où les adolescentes découvrent le monde, je vivais enfermée, privée de toute liberté, de toute autonomie, de toute possibilité d’expression, dans une solitude absolue, avec des parents pour qui la religion passait avant tout. Je les sentais toujours dans le jugement, la répression et le reproche. Je n’avais personne à qui me confier. Je n’osais pas parler de ce qui se passait à la maison à mes copines de classe, j’avais honte. Et puis, je pensais toujours que c’était peut-être moi le problème. Je me croyais méchante et mauvaise. Je faisais tout ce que je pouvais pour ‘paraître’ normale. J’ai pensé fuguer, mais j’étais trop timide et le monde extérieur me faisait peur. Je suis devenue insomniaque. Je me réveillais la nuit avec des crises de panique, car j’avais l’impression de n’avoir aucun pouvoir sur ma vie, de ne recevoir aucune place pour exister. J’avais l’impression que ‘la vie’ et plein d’occasions me passaient entre les doigts. Je suis devenue dépressive. J’ai supplié Dieu pour qu’il reprenne ma vie. J’ai pensé au suicide, mais j’avais peur d’aller en enfer. J’ai eu peur de devenir folle. Je sentais que quelque chose n’allait pas, mais était-ce moi ou mes parents ? J’étais dans une confusion totale. Il n’y a pas si longtemps, une psychothérapeute m’a dit qu’il s’agissait de maltraitance psychologique, que mes parents avaient tout fait pour m’empêcher d’être moi- même et que j’avais eu de la chance de ne pas avoir sombré dans la psychose.  
  
Quand j’ai finalement quitté la maison familiale, j’étais très mal dans ma peau. Je ne savais pas qui j’étais. Je vivais coupée de moi, de mon corps, de mes émotions, de mes désirs, de mes besoins. Je n’osais pas me fier à ce que je sentais, exprimer mon opinion ou prendre une décision. Je me sentais mal à l’aise en société, ne savais comment me comporter et prendre ma place. Je n’avais jamais eu le sentiment de satisfaire mes parents et senti leur amour pour qui j’étais vraiment. Le monde extérieur, les autres, les hommes et la sexualité me faisaient peur. Quant à l’amour de Dieu, je pensais ne plus le mériter. Je vivais dans une solitude infinie, enfermée en moi-même. 
 
Furieuse contre mes parents, je suis restée plusieurs mois sans les contacter. J’ai dû faire de nombreuses thérapies, mais il reste des dégâts irréversibles. Comment vivre quand vos ailes ont été coupées à un âge où on les déploie ? Des sentiments de colère, de tristesse et de culpabilité m’envahissent encore régulièrement. Plus qu’au mouvement des Focolari, j’en veux à mes parents de s’être laissés aller à des comportements aussi extrêmes et destructeurs. Je n’aurais voulu qu’une chose : pouvoir être moi-même et recevoir leur amour, leur écoute, leur bienveillance, leur confiance et leur soutien pour découvrir le monde et m’épanouir sereinement.

Juliette Sapin

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14 réponses sur « « Une famille sous l’emprise des focolari », par Juliette Sapin »

  1. Merci Juliette pour ce témoignage bouleversant.
    C’est compliqué effectivement de se reconstruire quand depuis l’enfance, on a subi des maltraitances psychologiques parentales.
    Vous avez un excellent livre sur les parents toxiques (vos parents semblent faire partie de ce type de parents): Susan Forward « parents toxiques », comment sortir de leur emprise.
    Ca peut vous donner des pistes de réflexion, constituer un outil de travail en parallèle, collaboration avec la thérapie que vous faites.
    Une fois que vous avez compris véritablement pourquoi vos parents étaient comme ça avec vous par delà leur engagement sectaire (ils ont possiblement hérité ce comportement parce qu’ils l’ont subi enfants de la part de leurs parents), ça vous permet d’accéder aux valeurs familiales dont vous avez héritées: souci obsessionnel de perfection, peur du contact physique, peur du monde extérieur (diabolisation), peur de soi, peur du sexe, peur de l’amour, manque de confiance. Et vous allez découvrir comment vous positionner autrement pour vous respecter vous en tant que personne et sortir de cet enfermement, de ces fausses croyances.

    Vous aimez faire la cuisine et la partager. Ce fut votre première rébellion. Osez alors vous réaliser pleinement dans cette activité si c’est vraiment l’activité et la partager avec autrui qui vous apporte de la joie. Petit à petit, vous verrez que ça va vous aider à réparer les carences affectives de l’enfance. Et que va se réveiller votre créativité, d’autres envies, des projets, vous ouvrir tout un champ relationnel et affectif que vous n’aviez pas jusque là aussi. Du coup, votre image du monde, des autres, de vous, de la vie, va changer. Vous n’aurez plus le même regard. Et tout va s’apaiser à mesure que vous vous réaliserez pleinement dans ce qui vous plaît.

    J’ai appris au cours de mon parcours de reconstruction, que c’est souvent une activité à laquelle on tient et qu’on pratique régulièrement, qui va constituer la première clé pour s’accepter soi, recouvrer une certaine estime et un peu de confiance et se faire plaisir aussi. Et qu’ensuite, s’enclenchent des progrès et plus d’apaisement.
    C’est tout à fait normal d’être en colère et d’en vouloir à vos parents. C’est sain.
    Ca permet de purger votre blessure, de l’exprimer. Donc c’est une étape nécessaire qui prend beaucoup de place au début, tant que l’on focalise sur ce qui s’est passé et qu’on ne se concentre pas sur ce qui nous fait plaisir. Et puis, plus on prend plaisir à une activité, plus la colère et le ressentiment s’éteignent. Parce qu’ils ne sont plus nécessaires à notre survie, ne nous définissent plus. Nous existons autrement, par la mise en valeur de passions, d’activités récréatives, etc. Et par nous-mêmes.
    Nous avons ré-ouvert la porte au rêve, à l’espoir, à la joie.
    C’est tout ce que je vous souhaite.

    Merci encore.
    Et prenez très soin de vous.

    Bien cordialement
    Françoise

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    1. Merci Françoise pour votre commentaire. J’essaye en effet de développer des activités et des relations qui me nourrissent et me font plaisir. Je ne pense plus tout le temps au passé. Parfois je l’oublie, puis un événement le fait resurgir. Mais progressivement il perd de sa force, les émotions sont moins virulentes. Je n’ai jamais beaucoup parlé de mon passé en dehors des thérapeutes et de quelques amis. Donc l’avis d’autres personnes me fait du bien et votre texte me soutiendra.
      Juliette

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      1. Mais de rien, merci à vous, Juliette.
        Le bouquin, c’est comme les bonnes recettes de cuisine. Ca se partage. Après vous verrez si ça répond à vos questionnements, peut participer à mieux comprendre ou pas le parcours qui est le vôtre comme celui de vos parents. Mais au moins, vous savez qu’il y a ce bouquin.

        Si déjà vous parvenez à faire des activités qui vous font plaisir avec des relations qui vous nourrissent, et que vous avez déjà pris un peu de recul, c’est formidable. Un grand pas est franchi.

        Je crois que sur ce passé, il faut parler clair. Ce n’est jamais facile. Ca demande du temps, des réparations intérieures suffisantes pour se lancer. Vous n’êtes pas seule à avoir eu ce type de passé, loin de là. Plus il y a de personnes qui parlent, plus ça devient facile pour d’autres.
        Nous sommes une grande chaîne. Chacun a un vécu spécifique qui peut éclairer les autres. Compléter des savoirs aussi. C’est ce qui est intéressant dans une vie humaine. On avance pas seul. On avance tous ensemble et nous avons besoin les uns des autres pour comprendre, avancer, progresser dans la vie.

        Bon week-end!
        Et encore merci.

        Françoise

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      2. Merci Françoise, vous me parlez d’un bouquin que j’ai lu il y a bien longtemps et dont je me souviens qu’il m’a aidé à comprendre certaines choses. Il est sans doute temps que je le relise car je comprendrai d’autres choses. Le fait de se savoir partie d’une communauté de personnes qui ont vécu de choses semblables aide. Je me suis trop repliée dans la solitude. Celle-ci était la garantie pour moi de pouvoir penser, faire et croire en ce que je voulais. L’ouverture est encore difficile.

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  2. Chère Juliette, votre témoignage est fort bien écrit. On comprend très bien la situation sans juger personne et, surtout, vous faites sentir votre souffrance. J’apprécie le commentaire de Françoise qui ne dispense pas de vivre son chemin personnel pour s’en sortir mais qui laisse entrevoir une issue positive à cette si dure épreuve. Dans l’Eglise, on ne parle pas du danger que représente le laïc de la cinquantaine qui se durcit dans une attitude dogmatique totalitaire. On devrait pourtant connaître cette possibilité de dérive et s’arranger, comme pour les risques psychosociaux, pour l’atténuer à défaut de pouvoir l’éradiquer. Pour ma part, alors que j’ai la joie d’être prêtre depuis 40 ans, je n’ai jamais reçu le moindre éclairage à ce sujet. C’est sur le tas par mes recherches personnelles pour comprendre des situations conflictuelles, que j’ai fini par trouver une explication. Pour un certain nombres de psychismes d’hommes et de femmes qui parviennent à la crise de la quarantaine et de la cinquantaine, leur façon de régler (et en fait surtout de ne pas les régler) leurs conflits psychiques internes est de s’identifier à un idéal religieux qui les transforme en talibans de la foi. C’est en tout cas ce qu’on comprend pour vous car, comme chez les talibans, vous n’aviez pas le droit d’écouter de la musique. Souvent ce style de personnes ont vécu dans leur jeunesse à l’opposé des principes qu’ils veulent imposer à l’âge mûr, comme s’ils avaient été toujours parfaits, ce qui est la plupart du temps loin d’être le cas. C’est une sorte de radicalisation catholique qui crée des désastres dans les familles, dans les paroisses et dans les communautés. C’est une forme d’intégrisme si on en croit la définition donnée par André Frossard : « Un intégriste, c’est quelqu’un qui fait toujours la volonté de Dieu, d’ailleurs que Dieu le veuille ou ne le veuille pas. » Ça permet de comprendre que ces gens qui s’approprient Dieu et n’ont que son nom à la bouche ne recherchent qu’à imposer leur propre volonté. Contre ce style de folie mystique, il n’y a hélas que peu de moyens de réagir car cette sorte de personnes s’oppose par définition à toute forme de remise en cause de leur position. D’où le devoir pour un mouvement d’Eglise, quel qu’il soit, de repérer ce type de dérives et d’essayer de l’atténuer à défaut d’y remédier. Il y a là des perspectives de travail ecclésial qui ne sont pas encore mises en place à ma connaissance. La Foi ne suffit pas : quand elle vient d’un psychisme déséquilibré, elle est tordue et elle cause des dégâts incommensurables. Il faut se poser des questions quand la religion que vous suivez commence à vous rendre méchants ! Merci à vous, Juliette, pour votre courage et votre sincérité. Votre douloureuse expérience va permettre à d’autres de se libérer. Et merci à Pascal de vous publier. Jésus est venu nous sauver ; si son salut nous rend dingue, c’est qu’il y a un problème sérieux à regarder de près et à résoudre. Espérons. Avec toute mon estime et mon cordial respect.
    Père Pierre Vignon

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    1. Merci Père Vignon pour votre commentaire. Je pense aussi, comme Françoise et vous-même le soulignez, qu’il y avait déjà ‘un problème’ chez mes parents avant leur rencontre avec le mouvement des Focolari. Le mouvement a trouvé en eux un terrain fertile et mes parents se sont appuyés sur le mouvement pour justifier leur comportement. Tout était dans la contrainte, le devoir, l’obligation, la répression, le contrôle au nom de Dieu. On peut vraiment parler d’intégrisme. Mes parents parlaient d’un Dieu amour et d’amour du prochain sans que je me sente le droit d’exister. Je ne voyais donc pas en quoi Jésus m’avait sauvé. Autant vous dire que j’ai été dégoûtée de la religion, de l’Eglise, du mouvement et que j’ai tout laissé tomber. Il faudra une vie pour me reconstruire, j’y travaille. Merci pour votre lecture et votre réponse à mon témoignage.
      Juliette

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    2. Merci, Pierre pour votre analyse.
      Je la trouve très juste sur ces laïcs qui vont se radicaliser dans la quarantaine et cinquantaine au plan religieux. Et qui vont imposer un cadre intégriste et abusif à leurs familles pour se donner une image idéale d’eux-mêmes. Souvent se sont des adultes qui n’ont pas résolu un grave problème identitaire en lien avec leur enfance, leur éducation. Parfois c’est un drame dans leur vie qui a joué aussi (décès d’un proche, handicap d’un enfant) dans cet engagement et cette dérive sectaire.
      Et autour de tout ça, la peur d’en parler à un psy. De peur d’être jugés, de devoir aussi affronter leurs problématiques de façon frontale et assumée. On pourrait dire qu’il y a une forme d’immaturité psycho-affective persistante qui les dirige plutôt qu’auprès de professionnels en capacité de les aider, vers des milieux dérivants sectaires ou ultra religieux, qui curieusement, les rassurent davantage.
      Si l’on essaie de profiler un peu les adultes qui sont très très engagés dans ces sectes cathos à différents degrés, on se rend compte qu’il y a toujours à la base, un vrai souci identitaire, parfois un désordre psychique assez grave aussi mais resté dans le non-dit, dans le déni aussi. Et que les sectes vont utiliser, instrumentaliser et rentabiliser à fond. Et l’emprise sectaire est d’autant plus intense que le mal-être existentiel de l’adepte et l’image de soi chez ce même adepte est dégradée.

      Bien évidemment, il n’y a pas de formation encore malheureusement au plan religieux sur tout ça.
      C’est assez logique dans la mesure où malheureusement, les intérêts financiers et éventuellement vocationnels qu’apportent ces sectes à l’institution romaine, surpassent le danger qu’elles représentent. Il y a aussi une approche un peu clanique qui fait qu’on ne dénonce jamais son propre camp, d’autant moins quand il réenchante le roman clérical.

      Par contre il y a des formations sur ces questions dans les groupes qui sont spécialisés sur les dérives sectaires, l’embrigadement sectaire et encore plus chez ceux qui font de l’exfiltration d’anciens adeptes. Le CCMM, l’UNADFI il me semble, ont abordé ces questions à plusieurs reprises, que ce soit par rapport à la Scientologie, les Témoins de Jéhovah.

      Sinon, de façon ultra décontractée et humoristique, synthétique, les jeunes de la série « Et tout le monde s’en fout » ont abordé un peu le sujet autour de l’idée de la perfection:

      C’est assez brut de décoffrage mais ça explique bien je trouve pourquoi il est compliqué qu’une religion puisse disposer d’une cellule de réflexion de ce genre étant donné que la perfection fait partie intégrante de la formation religieuse et du message religieux.
      Donc difficile de pouvoir démonter le concept et d’entrer en critique avec, comme dézinguer l’intégrisme, comme la dérive sectaire. Puisqu’à la base, c’est le même fond idéologique poussé à son maximum.

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  3. Merci de m’instructionner, Françoise, surtout avec la vidéo que j’apprécie et que je ne connaissais pas. Personne n’est parfait, n’est-ce pas !
    Sinon, le mot exact de l’évangile (Mt 5,48) est teleioi à la fin du sermon sur la montagne. Ce qui signifie : soyez finalisés, sur le chemin de l’accomplissement, comme le Père du Ciel finalise et accomplit toute chose dans l’amour. On peut dire ça autrement : cherchez à vous améliorer dans l’amour sans vous prendre pour Dieu tant que vous êtes sur terre !
    On en revient au fond de notre dialogue.
    C’est ce qu’explique avec talent et humour la vidéo : pas de perfectionnisme, c’est une maladie.

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    1. Merci pour la précision, Pierre. Très intéressante. Ca m’évoque la plénitude, finalement. Ce qui n’a rien à voir avec la perfection. On peut se demander alors, si véritablement les groupes dérivants sectaires comme l’institution, n’ont pas opéré une forme de contresens ou presque.
      Concernant cette vidéo, elle est extraite d’une série qui est (du moins je trouve) très éducative sur tout un tas de sujets. Ca fait plusieurs années que je la recommande chaudement à différentes personnes (grands ados comme adultes), car elle ouvre les esprits avec humour et distance, sans prise de tête.
      Et ça permet d’ouvrir le débat sur des questions pas toujours très faciles à aborder.
      Un outil intéressant…et pas uniquement réservé à la jeune génération.
      Imaginez la série diffusée au séminaire…purée, ça aérerait sacrément la formation! ;-))

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  4. J’ai mal de voir qu’on detruise l’*image du DIeu Amour auprés des jeunes et moins jeunes
    En recherche de Dieu depuis mes 22 ans..je me suis convertie á 54 ans.j ‘ai toujours été solitaire,je nai jamais pu m’intégrer dans un mouvement religieux.Et je dois dire que dans l’eglise je ne me suis pas sentie plus accueillie.Ce qui m’ a frappé est cette suspicion à l’égard d’une personne qui témoigne.
    Il me semble que l’étape de la conversion manque dans nos églises:nous avons été baptisé. Enfant mais notre OUI l’avons-nous formulé perdonnellelent??.Et donc les dérives sectaires sont là.il est plus difficile d »être libre et de vivre sa foi en adulte en suivant LE CHRIST avec des hauts et des bas.JulIette, j’aurais aimée partager cette experience de Pardon reçu qui m’a libéré,

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