Entretien avec Anthony Favier, ex-coprésident de l’Association LGBT David & Jonathan : « Déni et dérives dans l’Église. »

Avec Anthony FAVIER

« Déni et dérives dans l’Église. »


Anthony FAVIER est agrégé d’histoire et ex-coprésident de l’Association LGBT David & Jonathan. Ses travaux portent sur les enjeux de genre dans le catholicisme contemporain. Après une thèse sur les mouvements de jeunesse d’Action catholique JOC-JOCF dans les années 1950-1980, il s’intéresse aujourd’hui à la façon dont la question des nouveaux rapports de genre et la démocratie sexuelle travaillent de l’intérieur le catholicisme occidental.

Lors de cet entretien, il sera notamment question des Communautés « nouvelles » (en particulier des « Béatitudes »), des dérives sectaires, de la théorie du genre, du féminisme, de la place des homosexuels dans l’Église, de l’Association LGBT « David et Jonathan » et des thérapies de conversion.

Quel lien ? quelle origine ? Comment sortir du déni et des dérives ?

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5 réponses sur « Entretien avec Anthony Favier, ex-coprésident de l’Association LGBT David & Jonathan : « Déni et dérives dans l’Église. » »

  1. Coucou Pascal et Anthony

    Merci pour l’entretien. Les dérives sectaires ont fleuri avec l’ère JP2 qui a mis ces communautés en orbite et les a adoubées pour contrer la réponse politique d’un catholicisme de gauche, qui venait en contrepoint d’un propos politique religieux bien antérieur de l’Eglise et des grandes familles possédantes de la banque, de l’industrie, de l’armée et qui était un propos d’extrême droite et de contre-révolution et d’opposition à la laïcité aussi.
    Propos d’extrême droite et contre-révolutionnaire que le clergé catholique le plus réac comme les grandes familles possédantes catholiques pensait permanent, dominant et jamais remis en question par les croyants.
    Sauf que, à la fin de la seconde guerre mondiale, le constat que le clergé comme ces grandes familles ont collaboré massivement au pétainisme et au nazisme, a fait émerger une autre approche politique et sociale, une autre réflexion politique cette fois de gauche, qui est entrée en correspondance avec la décolonisation, avec une approche théologique de libération et non plus concentrationnaire et oppressive de domination. C’est l’ère des prêtres ouvriers, de la JOC, d’une Action Catholique beaucoup plus de gauche que de droite qui va perdurer jusque fin des années 70. C’est aussi la fermeture des couvents prisons et le changement dans l’approche sociale des jeunes ayant des problèmes sociaux, des problèmes éducatifs. On voit les dégâts commis par l’internement forcé, le formatage religieux, les dérives et les abus de ces congrégations pénitentiaires. On créée une vision laïque différente avec les éducateurs de rue, les éducateurs spécialisés. On sort aussi tout l’éducatif d’une domination autoritaire et en partie religieuse. Sont contestées les méthodes, le rapport à l’autorité au sens de la domination. On exclut progressivement de l’éducation scolaire comme de la politique et des soins infirmiers les religieux qui sont contraints de retourner à des occupations uniquement religieuses.
    En même temps, des prêtres partent en comprenant qu’il y a d’autres possibles et qu’ils peuvent aussi exister dans un couple, une famille, dans des professions qui les enthousiasment davantage que la prêtrise dont ils mesurent bien les limites (car plus instruits et plus ouverts que les générations précédentes). Et puis Vatican 2 ouvre d’autres approches dans les associations catholiques. Quelque chose de plus libre qui effraie hauts-clercs et grandes familles réactionnaires.

    Ce qui explique la panique du Vatican qui va freiner considérablement sur Vatican 2 sous P6.
    Et ce sera le coup d’arrêt et des contre-offensives de JP2, dont une réponse par les communautés nouvelles dérivantes sectaires issues de par leurs cadres et directions, de grandes familles liées aux idéologies réactionnaires et pour certaines contre-révolutionnaires.

    Le grand piège, je trouve, est d’avoir fait croire que les communautés nouvelles étaient une dérive Vatican 2 alors que ces communautés sont dès le début (même si elles peuvent faire croire le contraire), idéologiquement opposées à Vatican 2. Parce que leurs cadres, leurs directions, très souvent sont liés à des intérêts et des familles ultra réactionnaires et parfois, contre-révolutionnaires de façon dynastique.
    Se sont des personnes qui veulent une espèce de revanche à la fois politique et religieuse réactionnaire, plus inclusive au sein du Vatican que n’avaient pu l’être d’autres expériences dans les années 50-60 comme la Cité Catholique de Jean Ousset, Ichtus, par exemple.

    On voit sur cette génération, d’autres logiques et approches qu’intègrera le Vatican en terme de management (à l’américaine) et en terme de propagande jeunesse.
    Anthony, vous étiez sans doute trop jeune à l’époque de Gerland, de la visite de 86 à Paray de JP2, mais c’était vraiment emblématique du grand show à l’américaine orchestré par l’Emmanuel en partie mais aussi par l’Opus Dei déjà.

    Pascal et moi qui avons vécu ça en direct live car nous étions ados à ce moment-là, c’était tellement lisible pour nous. Il y a une espèce de bascule qui est assez semblable à la mise en scène autour de Ronald Reagan puis des divers candidats à la présidence américaine, et qu’on retrouvera dans les grands spectacles des stars américaines de la chanson comme Mickaël Jackson, Madonna, Bruce Springsteen.
    C’est cette logique de mise en scène et d’effet de foule façon grand spectacle (et pour le coup très proche de la propagande totalitaire des années 30) qui a piégé beaucoup de jeunes croyants durablement et les a entraînés plus facilement dans des logiques communautaires sectaires. Sans qu’ils mesurent ce qu’il y avait derrière ni l’idéologie réelle des mouvances auxquelles ils faisaient confiance.
    Et ceux qui savaient, qui étaient déjà formatés dans ces réseaux-là, on les retrouvait déjà dans des logiques très politiques d’extrême droite et de droite dure. Et on les voyait déjà lors de la Manif de l’école libre puis dans les Marches pour la Vie, etc, etc. On les voyait à Assas Paris II aussi, au GUD, dans les jeunes madelinistes, au FNJ, dans les premiers réseaux de Civitas et autres.

    Il me semble qu’il y a tout un discours média et clérical, qui tend encore aujourd’hui, à faire croire que les groupes dérivants sectaires sont liés à Vatican 2 et à une dérive soit disant hippie et gauchiste, alors que la grande majorité de ces groupes dérivants sectaires sont issus de grandes familles d’extrême droite catho et ont monté ces communautés pour reprendre un pouvoir de contrôle sur la jeunesse catholique et la reformater selon ses codes réactionnaires et traditionnalistes. Codes idéologiques qui étaient en accord avec les projets réactionnaires et identitaires de JP2 et du Vatican en général. Vatican qui a misé sur ces communautés pour reprendre une main-mise sur les croyants qui lui échappait. Mais aussi pour hisser le Vatican sur des logiques plus modernes de management capitaliste à l’américaine.

    Il me semble qu’il y a toute une démarche historique à raconter pour restituer la réalité à la fois de ces communautés, de leurs fondations idéologiques et politiques et comment et pourquoi le Vatican ultra réactionnaire est entré en symbiose et partenariat étroit avec ces communautés. Qui rapportent énormément d’argent à l’institution et qui,pour ça, ne peuvent être guère déboulonnées, même si très dérivantes et sectaires.

    Certaines présentent une vitrine assez hippie mais derrière les idéologies sont ultra réactionnaires et vraiment très en phase avec ce qu’était la Contre-Révolution catholique du début du 20ème siècle.

    Je n’ai pas encore lu le livre de Céline Hoyeau, mais déjà, si elle n’explique pas ça mais tombe dans le panneau que ces mouvances sont liées à Vatican 2, elle entretient une fausse croyance. Qui pour le coup, entretient l’idée que la mouvance réactionnaire et identitaire catholique s’en trouve pour le coup, justifiée et nécessaire.

    Mais bon, est-ce que véritablement le camp réactionnaire catho a intérêt à être démasqué au travers de ces entreprises dérivantes sectaires?
    Non, bien évidemment. Donc il est d’autant plus utile d’entretenir une certaine légende qui ne déplaît ni au Vatican ni aux intérêts de la frange la plus identitaire catho en pleine reconquête idéologique.

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    1. Tout à fait, Pascal. Et dans le cas d’espèce, l’ignorance des croyants et de la société civile a besoin d’être entretenue, maintenue. Et que ce soit la Croix et une journaliste de la Croix qui le fasse, tombe sous le sens.
      De la même façon que le journal avait utilisé le contre-feu dans l’affaire Preynat-Barbarin, il continue de le faire concernant les groupes dérivants sectaires. C’est dans la logique des intérêts du journal et de ses propriétaires. Parce qu’il y a aussi derrière ce discours en trompe l’oeil, des partenariats et des intérêts communs avec des groupes dérivants sectaires. Et avec le Vatican bien sûr aussi.
      C’est une logique clanique, c’est une logique de classe aussi, une logique commerciale.
      Qui doit préserver les intérêts de l’institution, les intérêts du clergé (et c’est une congrégation qui possède la Croix).

      Comme tu l’as très bien dit, Pascal, dans l’entretien: il n’était pas question pour la presse catholique dans son ensemble (heureusement Golias a su le faire) de dénoncer quoi que ce soit sur dérives sectaires et abus cléricaux.

      Pour mieux comprendre qui possède quoi au sein des médias français, une très bonne cartographie a été faite il y a quelques années par Acrimed. Ca permet de comprendre qui a intérêt à dire quoi. Et ça permet de comprendre à quel point la presse française est muselée idéologiquement par différentes grandes familles et groupes bancaires, industriels.
      Dont certaines en lien avec des groupes dérivants sectaires cathos.

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      1. Merci Françoise,
        Analyse applicable au Foyer de Charité tel que je l’ai connu entre 1960 et 1980,avec ses leaders de l’Homme Nouveau, Marcel Clément, Jean Guitton etc…Mes camarades venaient de la très haute aristocratie et de la grande bourgeoisie. Fille de paysans j’étais là pour cause de proximité et de bourses d’étude. Dupée par l’hypermysticisme du lieu je n’ai rien vu. Avec vos analyses très pertinentes les écailles me tombent des yeux !

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  2. Contente, Claudine si mon approche sociologique et historique vous permet de comprendre ce que vous avez vécu aux Foyers de Charité sous un angle différent.
    Je n’aurais jamais compris cet aspect-là sans une rupture d’avec les codes idéologiques de ma famille, sans un drame familial, puis des recherches bibliographiques qui m’ont amenée à lire un ouvrage de Véronique Auzépy Chavagnac, sur le mentor de Jean Guitton et son frère (que je conseille vivement): Jean De Fabrègues et la jeune droite catholique: Aux sources de la Révolution nationale. Jean de Fabrègues qui a énormément impulsé, de la même façon que Charles Maurras, les mouvances de l’extrême droite catholique pour la grande bourgeoisie comme l’aristocratie. Et qui constitue dans le discours que cet homme a déployé, un des noyaux idéologique et politico-religieux de tout un tas de projets de reconquête de pouvoir totalitaire sur une société française (et plus largement européenne) qui commençait à s’émanciper d’une domination autoritaire à la fois politique, économique et religieuse.
    La reprise en main fut sévère à l’arrivée de Jean-Paul II, tout en se donnant l’apparence d’une continuité d’avec l’esprit et l’ouverture de Vatican 2. C’est ce qui a piégé tant de jeunes de ma génération et la génération suivante.
    La vôtre a été fascinée et illusionnée par le jeu des apparences, à une époque où l’information n’était pas aussi importante et diversifiée qu’aujourd’hui (l’accès à certaines documentations pointues, réservé aux chercheurs habilités la plupart du temps et peu de vulgarisation) et où le niveau moyen d’éducation et de culture générale était encore modeste. Et puis la société était encore très corsetée, très soumise à l’autorité quelle qu’elle soit. L’institution cléricale romaine possédait un ascendant sur la société civile très important de par sa présence professionnelle dans de multiples secteurs d’activités (justice, enseignement, politique, santé, social).
    Il a fallu l’exclusion des activités autres que l’activité pastorale et purement religieuse de l’institution cléricale mais aussi plusieurs décennies d’application éducative et culturelle laïque au sein de la société civile pour qu’enfin, certaines réalités criminelles du clergé comme les manipulations et abus dans le cadre de communautés religieuses soient dévoilées.

    Il a fallu du temps, une ouverture laïque et culturelle, un meilleur accès à l’information, la numérisation et la publication numérique de travaux historiques et sociologiques (participant à la vulgarisation et à une meilleure compréhension des situations et des évolutions historiques) et que l’étau se dessert aussi au plan religieux, pour qu’enfin la population opprimée puisse trouver les mots justes et l’audace de les dire. Rien n’est jamais facile. Nous ne sommes qu’au début des prises de conscience.

    Dieu merci, tout cela participe à permettre l’avènement d’une autre approche spirituelle. Beaucoup moins conditionnée et abusive, je l’espère.

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