Avec Paule DECROP : « Mémoire, Vérité, Justice : La Réparation et le Pardon »

Avec

Paule DECROP

« Mémoire, Vérité, Justice : La Réparation et le Pardon. »

Dans un premier échange vidéo, Paule DECROP nous racontait avoir été incestuée par son grand-père maternel de ses quatre à sept ans : « L’inceste à huis-clos. », https://youtu.be/gpFxIYi5WhU

Si d’autres personnes désirent témoigner à leur tour, rien de plus simple :

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6 réponses sur « Avec Paule DECROP : « Mémoire, Vérité, Justice : La Réparation et le Pardon » »

  1. Un échange lumineux, super intéressant, qui remet bien les pendules à l’heure face au rôle socialement structurant de la Justice, bien au contraire des paroles perverses de certaines autorités abusant de leur poste pour renier la valeur du rôle social des tribunaux. Merci Paule DECROP !!!

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  2. Merci pour ce complément d’entretien avec Paule, Pascal.
    Oui, je confirme: prédire que 40% des victimes d’inceste reproduisent systématiquement, de génération en génération, ce qu’elles ont subi, est extrêmement violent et empêche effectivement la prise de parole pour dénoncer ce crime et l’agresseur ou les agresseurs, contribue à la honte et à la culpabilité durable des victimes d’inceste, tout en accentuant encore l’emprise et la domination des agresseurs.

    Je pense personnellement que ce pourcentage reposait autrefois essentiellement, sur celles et ceux qui chez les victimes, ne parlent jamais de l’inceste. Victimes silencieuses dont une partie va parvenir à s’en sortir sans reproduire mais vivra une vie plutôt retirée, solitaire, avec pas mal de comportements d’automutilation, mais l’autre partie des victimes silencieuses, va intégrer parce que sous emprise complète et perverse, la domination de l’agresseur comme la seule voie de survie possible,finira par trouver que cette domination criminelle est positive et reproduira l’inceste sur ses enfants, petits-enfants, proches.

    Néanmoins, quand systématiquement, la société plaque ce pourcentage sur les victimes d’inceste,c’est d’une violence atroce. Ancienne victime, je l’ai très mal vécu quand certaines personnes me l’ont sorti et ce pourcentage a pesé longtemps comme une épée de Damoclès, alors même que j’ai parlé très vite et très tôt des abus et viol incestueux. Je pense que ce chiffre terrible a participé à me faire craindre de fonder une famille pendant des années et à me culpabiliser de façon disproportionnée. Avant que je décortique par l’analyse et des recherches historiques et généalogiques pourquoi mes agresseurs familiaux sont passés à l’acte et que je comprenne ce qu’ils avaient subi dans l’enfance pour en arriver là, ce qu’il me fallait faire pour me dissocier d’eux. Et de comprendre post enquête, que le fait de parler, de décrypter les secrets familiaux et les traiter en thérapie, brisait définitivement cette espèce de fidélité familiale mortifère et criminelle, donc brisait toute forme de risque de reproduction.
    Mais pour comprendre tout ça, il a fallu une mobilisation active sur plus de 10 ans, des thérapies, une énergie de vie et de lutte immense pour analyser, traiter froidement tous ces paramètres et trouver la force intérieure d’avancer, ne pas s’écrouler face à certaines découvertes ultra glauques. Toutes les victimes n’ont pas forcément envie d’engager ce type d’action radicale sur le long terme. Parce que c’est beaucoup trop douloureux. Parce que ça oblige à considérer l’agresseur, les agresseurs familiaux comme des victimes à un moment donné de leur vie. Et parce que très souvent, la plupart des victimes n’ont pas accès à ce qui s’est déroulé précédemment dans leur lignée familiale. Et que les victimes sont déjà tellement culpabilisées et se sentent tellement coupables de ce qu’elles ont subi et même d’exister parfois, qu’enquêter sur la famille et spécifiquement sur ses agresseurs familiaux, c’est pour beaucoup, mettre du sel sur une blessure déjà à vif.

    Concernant le pardon, je pense qu’il n’est pas obligatoire. Face aux tortures parfois vécues dans l’inceste, à la fois physiques, psychologiques, sexuelles, affectives, il n’y a pas de pardon possible au plan humain. Personnellement, j’ai demandé à Dieu de pardonner à ma place à mes agresseurs familiaux. Parce que je ne peux toujours pas le faire vis à vis d’eux. Donc je délègue le pardon à Celui qui peut le donner. Et personnellement, faire cela m’a déculpabilisée par rapport à la notion de pardon. Et apaisée aussi. J’ai vis à vis du pardon dans le cas de l’inceste plus l’impression d’un chantage exercé sur les victimes qu’une libération. Etant donné la gravité criminelle et la durabilité dans le temps, l’impact ravageur, je ne peux pas pardonner à mes agresseurs. Pardonner serait pour moi une forme de caution de ces viols et abus. Et cela, c’est hors de question pour moi. Mais j’ai fait la paix en moi par rapport à eux en enquêtant sur ce qui les a amené au crime sexuel incestueux. Et ça m’a aidée à les voir autrement et à les resituer dans le contexte. Et puis, la naissance de ma fille a aussi contribué à apaiser beaucoup de ressentis négatifs, comme si les compteurs étaient remis à zéro. Parce que cette naissance symbolise ma victoire sur l’inceste.

    Pour ce qui est des réparations, quand la justice pénale peut en fournir, c’est très bien.
    Mais pour beaucoup d’entre nous, nos agresseurs familiaux sont morts sans avoir été confrontés à la justice ou presque. Donc la réparation, il me semble qu’il faut, dans ces cas-là, se l’accorder à soi-même, comme une autorisation que l’on se donne pour exister à nouveau de façon pleine et entière. Et donc ensuite, se donner les moyens d’obtenir la réparation qui nous est utile sur le moment et qui va permettre de pouvoir reconquérir une sécurité et une intégrité: qu’elle soit sexuelle, spirituelle, corporelle, affective, psy. Et ça prend du temps. Ca marche par pallier. A la mesure de ce que nous sommes prêts à nous accorder comme cadeaux et légitimité.

    Et ce n’est pas parce que l’on s’accorde des réparations que forcément tout est réglé.
    Parce que l’inceste est une bombe à fragmentations. Dont on retrouvera des morceaux blessants tout au long de sa vie: et ce n’est malheureusement pas une croyance limitante, mais une réalité quotidienne pour toutes les victimes. Et qui fait de nous des morts vivants. Donc qui rend ce crime très spécifique, particulièrement destructeur. D’autant plus quand l’inceste démarre dans la petite enfance, ce qui est le cas de Paule, mais aussi le mien.

    Par conséquent, quand on vit cela au quotidien, la notion de justice est très importante. Mais elle reste la plupart du temps, très peu rassasiée. Parce que l’on se rend compte du déni, des mesquineries, de la façon dont la plupart des affaires liées à l’inceste sont traitées au pénal, médiatiquement, socialement. Et que même si certaines choses changent, finalement, le problème criminel reste toujours aussi mal considéré, mal traité médiatiquement et les victimes, toujours aussi stigmatisées.
    Parce que nous touchons à la famille biologique, à ses dysfonctionnements, et y dénoncer des comportements criminels reste quelque chose de profondément violent et tabou.
    Je ne sais pas si ça changera vraiment un jour. Même si c’est un peu plus facile d’aborder le sujet aujourd’hui, dénoncer l’inceste dont on a été victime, ça reste un facteur de déconsidération sociale, politique, humaine. Que la société continue de nous faire payer à différents niveaux.

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    1. Vos commentaires Françoise sont très justes et très émouvants. Je ne me réfère pas à pardonner à mes bourreaux, ni ceux d’hier ni ceux qui me persécutent aujourd’hui. Mais au reste de la société qui dans le fond a aussi été une victime offensée et bafouée. Je vous lis avec beaucoup d’intérêt, j’espère votre réponse. Je vous embrasse, Paule.

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      1. Merci, Paule!
        Très touchée également par votre commentaire. Nous avons eu je pense, malheureusement, des histoires familiales proches, nous sommes également proches en âge. Et nous avons aussi toutes les deux une fille. La mienne va avoir 8 ans, la vôtre est peut-être plus âgée. Ces proximités nous rendent sensibles à tout un tas de souffrances et nous permettent aussi de réfléchir par rapport à nos filles et à la destinée des femmes, pour faire de la prévention, permettre une meilleure prise en charge médicale, sociale, psy, post inceste.
        Oui, nous pouvons pardonner à la société qui en grande partie, a et est encore abusée à différents niveaux.
        Je disais aujourd’hui à une amie que l’abus social généralisé commence par le langage. On retire en les atténuant et en les remplaçant par des sigles ou d’autres mots neutres à positifs, les mots qui dénoncent habituellement la violence quelle qu’elle soit. Et c’est grave. C’est une tendance de fond décidée par différents think tanks pour maintenir l’oppression et la domination d’un petit groupe sur le reste de la population. Que cette oppression se situe dans un rapport de domination patronale, économique, politique, militaire, sociale comme dans le cadre familial. Ces mots sont ensuite remis aux médias qui les relayent avant que cela passe dans le langage courant, sans que les gens mesurent le mal qu’ils se font à eux-mêmes et à ceux, celles vouées à disparaître parce que jugés indésirables par l’élite mondiale.
        L’inceste étant toujours socialement, une marque d’infamie, un stigmate puissant qui fait repoussoir, je constate, avec bien d’autres victimes et vous aussi sans doute, à quel point poser les bons mots sur le sujet est très important. Pour préciser l’insupportable, mais aussi ne pas se laisser déposséder par le langage et abuser, violer une fois de plus. D’où l’utilité de témoigner.
        J’ai été extrêmement touchée par votre témoignage. Je m’y suis retrouvée tellement…
        Merci d’avoir accepté de parler de ce passé douloureux. Ce n’est surtout pas simple.
        Il faut beaucoup de courage, de force intérieure. Merci pour tout cela.

        Au plaisir de vous lire.
        Je vous embrasse également

        Françoise

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  3. Comme à chaque fois que je vous lis, je m’émeut. Au début, je pensais que mon sort était unique, et ce fut une véritable stupéfaction de découvrir que la plupart des gens ont vécu eux-mêmes la même chose, et pourtant tout le monde tremble comme une feuille devant ce mur de fumée. Et le pire est que nous sommes beaucoup contre des monstres en toc mais personne n’ose vraiment leur donner la rouste qu’ils méritent.
    Aujourd’hui, une nouvelle chose m’a bouleversée, celle de savoir que nous avons tellement en commun vous et moi. Migrer, avoir une fille et penser à tout ce que signifie s’échapper, survivre et avoir une enfant.
    En Argentina, on considère que les crimes sexuels contre l’enfance sont une sorte de « féminicide » car ils répondent à une agression contre la mère et cherchent à détruire- réduire la féminité. Je trouve cette réflexion très juste.
    Ce dont je suis sûre c’est que si nous avons grandi malgré tout nous sommes devenues très Perspicace ne serait que pour nous défendre. Je vous embrasse, Paule.

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  4. Non, Paule, vous n’êtes pas seule à avoir eu cette histoire familiale. Nous sommes légions. Mais encore trop silencieux médiatiquement pour peser dans les décisions politiques sur ce sujet, même si lentement cela change. Je ne sais pas si les monstres sont en toc. Car si je reprends le slam chilien qui englobe l’inceste dans les violences sexistes et sexuelles, les responsabilités étatiques, religieuses, institutionnelles, sociales, éducatives sont énormes dans la perpétuation et l’impunité de ces crimes, « l’état oppresseur est un macho violent » n’est pas un terme artificiel et fantomatique mais décrit une réalité politique, religieuse, sociale qui en fait concerne l’ensemble de l’humanité de chair et de sang et qui logiquement devrait appeler à une éducation et une politique internationale complètement différente de celle actuellement proposée. Samedi dernier, j’étais à la Marche des Femmes dans ma ville de résidence, avec l’association féministe Noustoutes, et nous avons repris le slam « le violeur, c’est toi! ». Je pense que vous connaissez cela en Argentine. Beaucoup aimé cette démarche ancrée dans une chorégraphie, donc qui remet le corps en marche et en dignité aussi pour désigner les crimes et la violence par leur nom et dans leur réalité. Il y a une force je pense qui vient d’Amérique du Sud qui oblige l’ensemble des femmes du monde à à nouveau penser la violence et les crimes de façon plus juste.

    Dans cette lignée, une jeune chanteuse française, prénommée Mathilde, a écrit et chante de très belles chansons qui je pense, sont aussi très importantes pour éduquer les jeunes générations autant que nous, sur ce qu’est la violence et sur la nécessité d’en parler et de travailler à ce qu’elle devienne marginale, illégitime. Et non plus plébiscitée par nos gouvernements comme un outil de répression et de domination des peuples et spécialement des femmes, des enfants, et des pauvres.

    Je ne sais pas si je suis perspicace, mais ces malheurs m’ont poussée à m’engager et à témoigner pour que ça change. J’ai compris très tôt que le silence tue et détruit plus que la parole. C’est ce qui m’a sauvée et m’a permis également de libérer la lignée familiale de la répétition. Je suis fière du chemin parcouru, même s’il sera encore long pour que l’inceste soit véritablement puni au plan pénal.

    Si vous souhaitez plus d’échange, Pascal pourra vous passer mon mail.
    Prenez bien soin de vous, Paule. Et encore merci.

    Françoise

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